Scrum : 5 valeurs, 6 principes, 3 piliers et comment les appliquer au quotidien

Thibault Baheux

9 août 2022 - minutes de lecture

La méthodologie Scrum est une méthode agile de gestion de projets parmi les plus utilisées.

Comme les autres méthodes agiles, elle va à l’encontre des méthodes de gestion de projet traditionnelles prédictives et apporte une nouvelle approche du développement de produits, de services et de logiciels plus rapide, plus flexible et plus adaptative.

Scrum est décrit en détails dans le Scrum guide, qui suit lui-même les principes agiles communs à l’ensemble de ces nouvelles méthodes de gestion de projets.

Scrum se démarque néanmoins du manifeste agile et de ses 4 valeurs et 12 principes. La méthode Scrum définit ses propres valeurs, principes et piliers dans le Scrum Guide.

Les 5 valeurs de Scrum

Les 5 valeurs de Scrum décrites dans le Scrum guide sont les suivantes, parfois regroupées sous l’acronyme F.O.R.C.E de Scrum :

  • Focus
  • Ouverture
  • Respect
  • Courage
  • Engagement
 L’objectif de ces valeurs est d’aider les équipes à créer et renforcer un mindset agile. C’est la responsabilité du Scrum Master de s’assurer que tout le monde adhère à ces valeurs et les respecte.

Le focus, pour maintenir son attention

Éparpiller son attention sur de multiples fonctionnalités à développer, c’est le meilleur moyen pour avancer un peu sur tout mais ne jamais rien finir.

En Scrum, il n’y a pas de place pour le multitâches. L’équipe Scrum doit finir ce qu’elle a commencé avant d’entamer un nouveau travail.

Afin de garder une qualité constante, un rythme de travail soutenable sur la durée et d’éviter les rushs lorsque l’échéance se rapproche, les membres de l’équipe Scrum doivent porter leur attention sur le produit qu’ils réalisent, les objectifs à atteindre, et plus particulièrement sur les tâches en cours de réalisation.

Pour obtenir des résultats à la hauteur des attentes, la capacité à être focus est essentielle.

Il est ainsi courant que des équipes agiles limitent volontairement le nombre de travaux démarrés en simultané, afin de finir ce qu’ils ont commencé, de ne pas éparpiller leur attention et d’éviter les distractions.

L'ouverture, pour apprendre et s'améliorer

Les équipes agiles doivent faire preuve d’ouverture aux nouvelles idées, aux nouvelles manières de faire. Elles doivent constamment chercher à tester, à apprendre et à s’améliorer.

Les équipes Scrum doivent également rester en contact régulier avec les parties prenantes du projet, en restant sincère et ouverte dans leur communication, et transparent sur la charge de travail et les challenges rencontrés.

L’ouverture d’esprit, c’est aussi accepter le changement. Nous vivons dans un monde complexe et incertain, sans cesse en évolution. Un marché ou un produit peut se faire disrupter en quelques semaines. Les consommateurs peuvent changer leurs habitudes. Et vos clients peuvent adapter leur besoin au fil du temps. Le changement est rapide, et l’équipe doit rester ouverte à cela.

Le respect, pour faire émerger la confiance

Tous les membres de l’équipe Scrum doivent faire preuve de respect entre eux, envers le Product Owner, envers les parties prenantes, envers le Scrum Master, envers le client.

La force des équipes Scrum réside dans la manière de collaborer ensemble et dans la contribution que chacun peut apporter à l’équipe pour réussir les objectifs du Sprint. Cela ne peut se produire que si tout le monde se respecte, ce qui permettra de faire émerger la confiance.

Concrètement, cela veut dire qu’on met de côté les titres et les égos pour tous travailler ensemble et avancer dans la même direction.

On respecte les idées des autres. On laisse les personnes finir de s’exprimer avant de prendre la parole à son tour. On donne la permission aux autres d’être mal luné et d’avoir de mauvaises journées de temps en temps : on ne va pas se leurrer, notre humeur et notre énergie ne sont pas constantes de jour en jour. On respecte également les opinions, l’expérience, la culture des autres.

Faire preuve de respect, c’est aussi accepter que le client puisse changer d’avis en cours de route ou encore d’accepter que des membres de l’équipe Scrum puissent se tromper.

Le courage, pour développer la transparence

Les équipes Scrum doivent avoir le courage de faire face à des challenges et des problèmes complexes et de les relever avec brio.

S’il faut pour cela faire un arbitrage, l’équipe Scrum choisit la meilleure solution : la solution qui lui paraît la plus adaptée pour répondre à cette situation. Pas la plus simple. Pas la plus populaire. Mais celle qui est juste.

Une équipe Scrum qui n’a pas le courage de prendre des risques et d’essayer de nouvelles choses n’est ni innovante, ni créative, ni productive. Le principe même des méthodes agiles est de tester, d’apprendre et de s’adapter : il faut donc oser.

Parfois, dire non est la meilleure chose à faire pour l’équipe. Pour éviter de se retrouver en surcharge. Pour éviter de baisser le niveau de qualité. Pour éviter de pressuriser les membres de l’équipe. Mais dire non n’est pas chose aisée.

Faire preuve de courage, c’est oser dire non aux parties prenantes qui veulent tout faire en même temps.

Enfin, être courageux, c’est aussi porter haut et fort la méthodologie Scrum, ses valeurs et principes, même face aux sceptiques et aux détracteurs.

L'engagement, pour maintenir la qualité

Chaque membre de l’équipe Scrum s’engage personnellement à atteindre les objectifs de l’équipe et du projet. Cela ne signifie pas simplement promettre de respecter les échéances et de réaliser tous les tests qualités. Ce serait trop simple.

Bien que s’engager signifie de tout faire pour respecter les échéances, prendre son autonomie, prendre des décisions fortes sur le produit, cela va encore plus loin.

Chacun s’engage à donner le meilleur de soi-même, à fournir la meilleure qualité possible, à apprendre et à s’améliorer continuellement, à faire sienne la cause et la vision du projet et à travailler de manière collaborative.

Pour qu’une équipe agile Scrum fonctionne, la confiance doit régner. Chacun doit faire confiance aux autres et partir du principe que les engagements pris seront respectés.

D’ailleurs, on encourage les équipes à ne prendre que les tâches qu’ils pensent pouvoir compléter dans le prochain Sprint, sans baisser le niveau de qualité.

 Enfin, lorsqu’un membre de l’équipe Scrum n’est pas sûr de comment quelque chose fonctionne, il ne doit pas avoir peur de demander. Clarifier les choses, c’est le meilleur moyen de garder un haut niveau de qualité.

Les 6 principes de Scrum

Scrum dispose également de six principes qu’il est nécessaire d’appliquer pour déployer pleinement le framework Scrum dans l’entreprise. Chacun de ces principes doit être utilisé, sans exception. Il n’y a aucune négociation possible à ce sujet.

Voici les 6 principes qui sous-tendent la méthodologie Scrum :

  • Processus empirique
  • Auto-organisation
  • Collaboration
  • Priorisation basée sur la valeur
  • Délimité dans le temps
  • Développement itératif

Principe n°1 : Processus empirique

Plutôt que d’établir un plan détaillé sur 3 ans, d’essayer de tout anticiper et de tout prévoir à l’avance avant même de démarrer la phase de développement (méthode prédictive), Scrum préfère se reposer sur l’observation et l’expérimentation (méthode empirique).

Une équipe Scrum fait du mieux qu’elle peut avec ce qu’elle a. Les évaluations sont effectuées et les décisions sont prises avec les informations disponibles à cet instant-là par l’équipe.

Ainsi, une équipe qui travaille de manière empirique est une équipe qui agit et prend des décisions sur la base de faits, d’expériences, d’observations et de preuves.

Principe n°2 : Auto-organisation

Une équipe ne peut bien s’organiser et travailler que si elle est auto-organisée, en opposition au micro-management et au management « à la culotte » qu’affectionnent certains chefs de projet via les méthodes prédictives.

Une équipe auto-organisée est donc une équipe :

  • Qui dispose d’un certain niveau de pouvoir décisionnel. L’équipe doit être en capacité de prendre des décisions rapides pour résoudre des problèmes complexes et livrer le Sprint en temps et en heure.

  • Qui prend possession de sa façon de travailler et la fait évoluer grâce à l’état d’esprit « amélioration continue »

  • Qui ne rend pas de compte à un chef de projet. Le Scrum Master est là pour conseiller l’équipe, pas pour prendre des décisions puis les imposer. Personne ne dit à l’équipe de développement comment faire son travail.

  • Qui explique au Product Owner et au Scrum Master comment elle compte s’organiser et s’améliorer pour atteindre les objectifs des prochains sprints.

Principe n°3 : Collaboration

Pour atteindre les objectifs du Sprint, mieux vaut favoriser l’intelligence collective et travailler ensemble que de faire des choses chacun dans son coin.

C’est vrai pour n’importe quel projet, méthode agile ou pas, mais Scrum en a fait un principe fort.

Naturellement, lorsqu’on pense collaboration en équipe, on imagine les développeurs travailler main dans la main. Mais il ne faut pas oublier le Product Owner, ni les parties prenantes.

Collaborer, ce n’est pas développer dans son coin puis livrer quelques semaines plus tard son code au client.

Collaborer, c’est maintenir la discussion avec les utilisateurs finaux du produit et le Product Owner. C’est prendre en compte les remarques et retours d’expérience du client et des parties prenantes afin d’améliorer le produit. C’est travailler main dans la main, tous ensemble, afin de livrer un produit 100% personnalisé et adapté pour le besoin du client, qui répond aux exigences de qualité.

Principe n°4 : Priorisation basée sur la valeur

Scrum est un framework agile mettant l’accent sur la valeur apportée et perçue par le client. L’équipe doit donc prioriser les tâches à réaliser en fonction de leur importance et de la valeur apportée pour les objectifs du client, mais également pour les utilisateurs finaux du produit.

Cette priorisation est un processus en constante évolution. En effet, ce qui n’était pas prioritaire hier peut le devenir demain.

L’équipe Scrum doit donc constamment réévaluer l’importance et la valeur associée à chaque tâche dans le backlog, afin de les prioriser intelligemment.

Principe n°5 : Délimité dans le temps

Le temps est sans doute la ressource la plus précieuse que nous avons. Scrum l’a bien compris, et chaque événement doit se dérouler dans un cadre précis et dans un temps limité que l’on ne peut pas dépasser. Pourquoi ?

Car cela permet d’éviter les réunions projets qui s’éternisent, et donc permet de maintenir le niveau d’efficience de l’équipe.

Les événements concernés sont les suivants :

Événement

Fréquence

Durée

Dès qu'un sprint se termine, un nouveau démarre

De 2 à 4 semaines

Sprint planning

Au démarrage de chaque nouveau sprint

1 à 2 heures

Daily Scrum

Quotidiennement

15 minutes

Sprint review

A la fin de chaque sprint

1 à 2 heures

Rétrospective

A la fin de chaque sprint

3h maximum pour un sprint de 4 semaines


1h30 maximum pour un sprint de 2 semaines

Principe n°6 : Développement itératif

Scrum part du principe que les besoins sont en constante évolution. L’équipe Scrum doit donc constamment s’adapter et réajuster le backlog : nombre d’éléments, priorisation des fonctionnalités, négociation, etc.

Afin de développer de meilleurs produits, répondant aux besoins des clients et utilisateurs finaux et aux exigences de qualité, Scrum, comme d’autres méthodes agiles, a fait le choix de cycles de développement itératifs.  

Plutôt que de développer un produit dans son entièreté en une fois, on développe les fonctionnalités et on les livre les unes après les autres. Cela permet ainsi :

  • D’accélérer le rythme de mise en production et de livraison.
  • De confronter plus rapidement les utilisateurs finaux au produit.
  • De vérifier si le résultat répond bien aux attentes.
  • De prendre en compte les retours des clients et utilisateurs finaux, et d’adapter le développement du produit en conséquence.

A chaque cycle, l’équipe Scrum va chercher à s’améliorer, grâce à la fameuse rétrospective agile.

Les 3 piliers de Scrum

Scrum, en tant que processus empirique, repose sur trois piliers fondamentaux, qui sont au cœur de la méthodologie : la transparence, l’inspection et l’adaptation.

La transparence, pour prendre de bonnes décisions

Afin de prendre de bonnes décisions, il est nécessaire d’avoir de la visibilité sur la problématique, l’état d’avancement actuel du développement, etc… Être transparent, c’est présenter les faits tels qu’ils sont, sans les déformer ou les minimiser, en parlant le même langage.

Pour faire preuve de transparence au quotidien, les membres de l’équipe doivent se faire confiance et avoir le courage d’apporter de bonnes comme de mauvaises nouvelles.

Les objectifs du projet sont clairement partagés et les utilisateurs finaux du produit partagent leurs impressions et ressentis sur le produit, que ceux-ci soient bons ou mauvais.

Les fonctionnalités (user stories) et la notion de definition of done doivent être explicites pour tous.

Enfin, la progression du projet doit être accessible et visible pour tous ceux qui souhaitent avoir cette information.

Personne n’a d’agenda caché. La transparence règne.

L'inspection, pour faire émerger l'amélioration continue

Traditionnellement, l’inspection est réalisée par un auditeur, ou une personne du service Contrôle qualité. Ce n’est pas le cas en Scrum. L’inspection n’est pas réalisée par une personne externe au processus de développement. Elle est réalisée par tous les membres de l’équipe.

L’inspection ne se limite d’ailleurs pas à la qualité des livrables mais également aux relations humaines, aux processus, aux méthodes de travail, aux pratiques de l’équipe, tout ceci dans une optique d’amélioration continue.

Les inspections peuvent donner lieu à des axes d’améliorations, qui peuvent être remontés lors des différents événements Scrum, et plus particulièrement lors de la rétrospective.

L'adaptation, pour répondre aux évolutions des besoins

L’équipe Scrum est en constante adaptation, aussi bien dans l’optique de constamment s’améliorer que de répondre aux évolutions des besoins du client.

Ainsi, les axes d’amélioration remontés en rétrospective doivent le plus rapidement possible donner lieu à des changements dans l’organisation de l’équipe, sa manière de travailler, ses processus, etc.

Il est recommandé de se poser la question suivante régulièrement : « Sommes-nous dans une meilleure situation qu’hier ? »

L’équipe Scrum doit également s’adapter aux évolutions du besoin exprimés par le client, aux évolutions du marché ou encore aux évolutions technologiques.

La priorisation des user stories peut ainsi évoluer, le backlog peut être retravaillé par le Product Owner, certaines fonctionnalités étant abandonnées au profit de nouvelles.

Pour aller + loin : Product Owner vs Scrum Master : Quelles différences ? Découvrez le rôle qui vous correspond le mieux dans cet article.

En résumé

Scrum est la méthode agile la plus utilisée à ce jour en entreprise, et permet d’accélérer le temps de mise sur le marché d’un produit, tout en maintenant un haut niveau de qualité et en disposant de précieux retours durant le cycle de développement, permettant de réaliser un produit adapté à 100% aux besoins des utilisateurs finaux.

Cette méthode repose sur 5 valeurs fortes, que l’ensemble de l’équipe Scrum doit adopter :

  • Focus
  • Ouverture
  • Respect
  • Courage
  • Engagement

Scrum s’articule également autour de 6 principes, qui doivent être respectés à tout moment :

  • Processus empirique
  • Auto-organisation
  • Collaboration
  • Priorisation basée sur la valeur
  • Délimité dans le temps
  • Développement itératif

Enfin, en tant que méthode empirique, cette méthodologie repose sur trois piliers fondamentaux, qui sont au cœur de la méthodologie : la transparence, l’inspection et l’adaptation.

La transparence est un facteur clé de réussite, et permet de faire émerger la confiance, le respect et le courage entre les différents acteurs projet.

L’inspection et l’adaptation permettent quant à elles d’ajuster en permanence le développement d’un produit en fonction de l’apprentissage réalisé par l’équipe à chaque itération.


Thibault Baheux

Chef de projet IT depuis 2008, j'ai travaillé sur des projets à plusieurs millions d'euros.
J'ai décidé de dépoussiérer la gestion de projet.
Exit les méthodologies complexes, exit les outils lents, lourds, complexes à utiliser.
Mon objectif ? Vous donner les clés pour piloter vos projets avec efficacité.


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